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massacre du printemps

Massacre du printemps
Pièce pour deux interprètes

Deux artistes s'amusent à se représenter comme des professionnels inventifs, mobiles et motivés, déterminés à répondre aux critères qui régissent les lois du marketing pour correspondre en quelque sorte à la définition du "bon produit". Immergés dans les valeurs troublantes d'une économie de l'incertain, il va leur falloir démontrer leur propre valeur marchande - celle de l'homme -, puis la valeur de leur produit - chorégraphique en l'occurrence -, sachant bien que là où règne le culte de l'éphémère, dans cet univers fragile et impitoyable de l'offre et de la demande, il leur faut sans cesse trouver "autre chose".

Conception : Rita Cioffi


Réalisation et interprétation : Rita Cioffi et Claude Bardouil


Image : Roberto Savoca


Lumière : Thierry Lenain


 

Un massacre magnifique


Magnifique. Rita Cioffi aurait sûrement pu être une ballerine magnifique. En elle, surnage ce qu’il y faut de tenue, d’assurance et d’entêtement. Mais Rita Cioffi a préféré déchirer sa copie. Elle ne copiera aucun modèle. Et sur la danse, elle perpètre un épouvantable Massacre du printemps. Un massacre magnifique. Pour commettre ce crime, elle s’est trouvé un complice à sa mesure : Claude Bardouil, plutôt comédien, voire bateleur, mais tout en forte gueule et sacrée carrure. Volubile, il ne cesse de vanter des produits « magnifiques ! »
Or, pour qu’il soit réussi, il faut non seulement que le produit soit beau, mais aussi qu’il satisfasse un certain nombre de conditions. Comme celles d’être facile à sortir de son emballage, à assembler, d’apprendre à s’en servir, de l’utiliser, de le réparer, de s’en débarrasser. Mais alors qu’en est-il, de ce genre de produit qu’est une danseuse servie sur un plateau ?
C’est ce que décline obstinément le duo Massacre du printemps, conduisant sa démonstration physique avec une obstination froide et cruelle. Que peut la danse, en zone d’opulence, quand tout fait marchandise, corps compris ? Cette danse s’épuise, cherche son souffle, bat de l’aile. Ses logiques sont celles d’oiseau blessé, de pantin prêt de se démantibuler, l’anxiété à fleur de pause.
Pourtant, aussi butée soit-elle, insolente et farouche, Rita Cioffi, chorégraphe et danseuse, corps superbement retenu, n’en perd jamais cette marque supérieurement élégante de l’intelligence : l’humour, si rare en danse. Percutant cette pièce à la réflexion incisive, celui-ci contribue à en faire un geste vrai de partage.

Gérard MAYEN